La province du Nord-Kivu est confrontée à une nouvelle alerte sanitaire : huit cas suspects d’anthrax, dont un décès, ont été recensés en l’espace de dix jours dans l’aire de santé de Kasalala, territoire de Lubero. Cette infection bactérienne redoutable, surnommée « maladie du charbon », réveille des inquiétudes dans une région déjà éprouvée par des crises sanitaires récurrentes. Mais comment se transmet cette maladie ? Quels sont les risques pour les populations locales et les mesures à adopter ?
Selon le Dr Cyrille Mumbere Musivirwa, médecin chef de la zone de santé, l’épicentre de cette flambée se situe précisément à Kasalala. « Tous les cas identifiés travaillent ou résident dans cette aire de santé », précise-t-il. Une configuration qui rappelle tristement les défis logistiques rencontrés lors de la lutte contre Ebola dans cette même région. Comme pour de nombreuses épidémies, la proximité entre humains, animaux et environnement semble jouer un rôle clé dans la transmission.
L’anthrax, causé par la bactérie Bacillus anthracis, agit comme un ennemi invisible. Ses spores – comparables à des mines dormantes – peuvent survivre des années dans le sol avant de contaminer animaux et humains. La transmission se produit principalement par contact cutané avec des bêtes infectées ou leurs produits (viande, peaux), mais aussi via l’inhalation ou l’ingestion de spores. Un mécanisme qui explique pourquoi les éleveurs, agriculteurs et travailleurs des abattoirs figurent parmi les plus exposés.
Les symptômes varient selon le mode de contamination : lésions cutanées noires caractéristiques pour la forme cutanée (80% des cas), troubles respiratoires graves pour la forme pulmonaire, ou complications intestinales. Sans traitement antibiotique rapide – disponible dans la plupart des structures sanitaires de la région –, la maladie devient mortelle dans 20% à 80% des cas selon la voie d’exposition. Une course contre la montre que les autorités sanitaires du Nord-Kivu tentent de gagner en renforçant la surveillance épidémiologique.
« Il n’y a pas lieu de paniquer, mais la vigilance doit être collective », insiste le Dr Mumbere. Son appel fait écho aux leçons tirées de la gestion d’Ebola : lavage régulier des mains, isolement des cas suspects, déclaration immédiate des symptômes (fièvre, ulcères cutanés, difficultés respiratoires) et restriction des contacts avec le bétail malade. Des équipes mobiles auraient déjà été déployées pour sensibiliser les communautés de Lubero et Kinshasa, tandis que des stocks d’antibiotiques sont en cours de vérification.
Cette résurgence pose néanmoins des questions sur les conditions d’élevage et la sécurité alimentaire dans la région. La consommation de viande insuffisamment cuite ou d’animaux morts de cause inconnue représente un risque majeur. Les experts rappellent qu’une cuisson à haute température (au moins 75°C) permet de neutraliser les spores – une mesure simple mais vitale dans des zones où la viande de brousse reste couramment consommée.
Alors que certaines voix craignent une propagation vers Goma ou Lubumbashi, les autorités se veulent rassurantes : aucun cas n’a pour l’heure été signalé hors de Kasalala. La situation reste néanmoins fragile dans cette province où les défis sanitaires s’entremêlent aux réalités économiques et sécuritaires. Un cocktail explosif qui exige une réponse rapide et coordonnée pour éviter que l’anthrax ne s’ajoute à la liste des fléaux accablant le Nord-Kivu.
En conclusion, la prudence s’impose sans céder à la psychose. Le respect strict des mesures d’hygiène, la collaboration avec les équipes sanitaires et l’évitement de l’automédication constituent les meilleurs boucliers contre cette maladie ancestrale mais toujours dangereuse. Comme le souligne un adage local : « Mieux vaut prévenir que lutter contre le vent » – une sagesse qui prend aujourd’hui tout son sens face à l’anthrax.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net