Le pont Semuliki, artère économique stratégique reliant Kasindi-Lubiriha à Beni et Butembo dans le Nord-Kivu, fait l’objet d’une mesure de protection drastique depuis ce lundi 14 avril. Les autorités provinciales, en concertation avec la Fédération des entreprises du Congo (FEC), la DGDA et l’Office des routes, ont décidé d’interdire le passage aux véhicules excédant 20 tonnes. Une décision motivée par l’état de dégradation avancée de l’infrastructure, présentant des fissures menaçant son intégrité structurelle.
« Le risque d’effondrement était devenu trop important pour être ignoré », explique Alain Mavidila, sous-directeur de la DGDA/Beni. Cette mesure, bien que provisoire, bouleverse la logistique commerciale du Grand Nord. Désormais, les marchandises devront être déclarées à Kasindi avant d’être réparties sur des camions légers, augmentant mécaniquement les coûts et délais de transport.
Seuls les produits pétroliers bénéficient d’une dérogation, pour éviter des pénuries qui paralyseraient l’activité économique. « Le carburant ne peut être transbordé à Kasindi faute d’infrastructures de stockage adaptées », précise un expert de la MONUSCO présent lors des discussions. Les camions-citernes continueront donc à emprunter le pont sous surveillance renforcée.
Avec près de 60% des importations congolaises transitant par cette route selon les données de la FEC, l’impact économique s’annonce significatif. Les exportations de café et cacao, piliers de l’économie locale, pourraient voir leurs marges entamées par la hausse des frais logistiques. « C’est un coup dur pour les petits exploitants déjà fragilisés par l’insécurité », déplore un négociant de Butembo sous couvert d’anonymat.
Les travaux de réhabilitation, dont le calendrier reste flou, constitueront le seul remède durable. En attendant, cette décision illustre le dilemme entre développement économique et sécurité infrastructurelle dans une région où les axes vitaux manquent cruellement de maintenance. Le pont Semuliki, symbole des défis logistiques de la RDC, devient le baromètre d’une urgence nationale : moderniser les corridors commerciaux pour désenclaver l’Est du pays.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net