Le centre commercial de Luna, autrefois poumon économique entre le Nord-Kivu et l’Ituri, subit une asphyxie progressive. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le flux commercial a chuté de près de 80% en quatre ans, selon les estimations des acteurs locaux. Cette hémorragie économique trouve sa source dans l’insécurité chronique générée par les incursions des rebelles ADF.
La route nationale 4 (RN4), artère vitale pour les échanges interprovinciaux, est devenue un couloir de la mort. Seuls 5% des véhicules qui transitaient quotidiennement par Luna osent encore emprunter ce trajet périlleux. Les motards-taximen, derniers aventuriers de ce parcours, ne dépassent généralement pas Ndalya, créant une rupture dans la chaîne logistique régionale.
Les conséquences économiques sont catastrophiques :
- Fermeture de 90% des commerces
- Exode de 75% de la population active
- Paralysie des services étatiques (douanes, fiscalité)
Cette situation alarmante impacte directement l’approvisionnement en denrées de première nécessité dans toute la région. Luna, qui fournissait 40% des produits vivriers à Beni et Butembo, a vu ses circuits d’échanges s’effondrer. Les prix des marchandises ont flambé de 30 à 50% dans les localités environnantes, selon les données recueillies auprès des associations de consommateurs.
Les autorités locales tirent la sonnette d’alarme. “Sans une sécurisation durable de la RN4, c’est toute l’économie régionale qui risque de sombrer”, explique un responsable provincial sous couvert d’anonymat. Les militaires présents sur zone reconnaissent l’ampleur du défi : les ADF ont transformé cette zone en véritable no man’s land économique.
Quelles solutions pour relancer ce carrefour commercial stratégique ? Les experts en sécurité proposent une approche multidimensionnelle :
- Déploiement massif des FARDC sur l’axe Luna-Komanda
- Installation de points de contrôle sécurisés tous les 10 km
- Mise en place d’un corridor humanitaire protégé
Sur le plan économique, la réhabilitation des infrastructures routières apparaît comme une priorité absolue. Le gouverneur du Nord-Kivu a annoncé l’inscription de ce tronçon dans le prochain plan d’urgence provincial, avec un budget prévisionnel de 2 millions USD. Une goutte d’eau face aux besoins réels estimés à 15 millions USD par les ingénieurs des travaux publics.
La résilience des quelques commerçants restants force l’admiration. “Nous tenons par espoir plus que par raison”, confie Mama Shujaa, tenancière d’une échoppe de produits de première nécessité. Ces derniers résistants constituent peut-être le germe d’une renaissance économique, à condition que la sécurité revienne durablement dans cette zone frontalière cruciale pour les échanges en RDC.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net