Alors que la République Démocratique du Congo (RDC) cherche à relancer son secteur industriel, une bombe à retardement menace ses ambitions : le déficit criant de main-d’œuvre qualifiée. Lors de la 9ᵉ édition de l’Expo Béton à Lubumbashi, un projet porté par l’Institut National de Préparation Professionnelle (INPP) et l’ONUDI a révélé une stratégie inédite pour former les jeunes aux métiers clés de l’industrie. Mais comment répondre à ce défi majeur qui freine l’essor économique du pays ?
Un paradoxe congolais : des emplois vacants, des compétences absentes
« Le pays dispose d’opportunités d’emploi, mais pas des compétences locales nécessaires », a martelé Joël Mukomba, directeur provincial de l’INPP dans le Haut-Katanga, lors d’un panel à l’Expo Béton. Un constat accablant qui explique pourquoi des entreprises minières et logistiques recrutent jusqu’en Afrique du Sud ou en Asie pour des métiers techniques comme la maintenance d’engins lourds. Une enquête menée dès 2020 avait pourtant sonné l’alarme : sans formation adaptée, la RDC ne captera pas les investissements industriels escomptés.
Le projet PAFEC : une alliance inédite pour l’autonomie industrielle
Face à cette urgence, le Projet d’Appui à la Formation et à l’Emploi Qualifié (PAFEC) se présente comme un tournant. Financé par la coopération suédoise et des géants comme Volvo et Epiroc, ce programme articulé autour de quatre piliers pourrait redéfinir le paysage de la formation professionnelle en RDC. « Il s’agit de créer un écosystème durable où les Congolais deviennent acteurs de leur développement », explique Raef Melayeh, expert à l’ONUDI.
Des machines suédoises aux formateurs congolais : les coulisses d’une révolution
Le projet ne mise pas sur du provisoire : un atelier technique dernier cri est déjà achevé à 95% au Haut-Katanga, équipé de matériel de diagnostic high-tech. Plus symbolique encore, des formateurs congolais ont été envoyés se perfectionner à l’étranger avant de prendre en main les premières sessions dès la semaine prochaine. « Dès lundi, nous lançons les formations continues avec Sep Congo », précise Melayeh. Une rapidité d’exécution rare dans le secteur.
Lubumbashi, laboratoire d’une souveraineté industrielle congolaise ?
Si le PAFEC démarre dans le Haut-Katanga, cœur minier du pays, ses promoteurs envisagent déjà une extension nationale. Le choix de Lubumbashi pour cette annonce n’est pas anodin : la ville, épicentre de l’Expo Béton, attire investisseurs et décideurs politiques. La visite du gouverneur du Tanganyika au stand de l’INPP envoie un signal fort. Reste une question : ces formations suffiront-elles à retenir les talents face à la concurrence régionale ?
Alors que les premières certifications seront délivrées dès juin 2025, ce projet teste une nouvelle forme de coopération internationale. Un mélange de financements étrangers, d’expertise locale et de besoins du secteur privé qui pourrait servir de modèle pour d’autres filières. Dans un pays où 63% de la population a moins de 25 ans, l’enjeu dépasse l’industrie : il s’agit ni plus ni moins d’éviter une crise sociale tout en construisant l’indépendance économique de la RDC.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd