Le ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, a effectué une visite marquante à Butembo, dans le Grand Nord de la province du Nord-Kivu, ce vendredi 4 avril. Cette descente sur le terrain, loin d’être une simple formalité protocolaire, a permis des échanges francs avec les représentants des différentes couches sociales de cette région en proie à des défis sécuritaires et socioéconomiques majeurs.
Les discussions ont principalement porté sur deux axes cruciaux pour l’avenir de la région : la situation sécuritaire préoccupante et les projets de développement socioéconomique. Un constat sans fard a été dressé par le ministre lui-même, reconnaissant certaines failles dans la gestion du mécanisme de mixage et de brassage des anciens combattants. Ces lacunes, selon ses propres termes, ont ouvert la voie à une infiltration inquiétante du système de défense et de l’administration publique par des forces ennemies.
La déclaration du ministre Shabani ne laisse planer aucun doute sur la gravité de la situation : “Notre classe politique est infiltrée par les forces ennemies, tout comme notre système de défense et de sécurité, ainsi que notre administration”. Des propos qui, sous couvert d’une franchise salutaire, soulèvent des questions fondamentales sur la gouvernance sécuritaire dans cette partie de la République Démocratique du Congo.
Le ministre a martelé la volonté du Président de la République de mettre un terme définitif à cette guerre qui mine le pays depuis des années. Une promesse qui sonne comme un leitmotiv politique, mais dont la concrétisation reste suspendue à des actions tangibles. La reconquête des territoires sous occupation du M23, soutenu selon toutes les indications par le Rwanda, apparaît comme le premier défi à relever pour crédibiliser cette nouvelle offensive verbale.
Les représentants de la population n’ont pas mâché leurs mots, appelant le gouvernement à redoubler d’efforts pour libérer les zones encore sous contrôle rebelle. Une demande légitime, mais qui se heurte à la complexité d’un conflit régional aux ramifications transnationales. La question qui se pose est de savoir si cette visite marquera un tournant dans la gestion de la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC, ou si elle restera un simple épisode de plus dans le long feuilleton des initiatives politiques sans lendemain.
Au-delà des déclarations d’intention, c’est la capacité du gouvernement à transformer ces paroles en actes qui sera scrutée dans les prochaines semaines. La population du Nord-Kivu, lasse des promesses non tenues, attend désormais des résultats concrets en matière de sécurité et de développement. Le ministre Shabani a-t-il les moyens de ses ambitions ? La réponse à cette question déterminera largement l’évolution de la situation dans cette région stratégique de la RDC.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net