La République Démocratique du Congo (RDC) se trouve une fois de plus à la croisée des chemins dans sa quête d’une paix durable dans l’Est du pays. Alors que les initiatives de médiation se multiplent – de Nairobi à Doha en passant par Luanda –, une question cruciale se pose : l’initiative proposée par la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC) pourrait-elle être la solution mal comprise par les autorités de Kinshasa ?
Le professeur Roger-Claude Liwanga, expert en droit et négociations internationales, souligne dans une analyse percutante que la stabilisation de la région passe nécessairement par une solution politique négociée. Pourtant, le format de ces négociations reste un sujet épineux. Quatre options principales se dessinent, chacune avec ses avantages et ses écueils, mais aucune ne constituerait un choix parfait pour un gouvernement congolais déjà en position de faiblesse.
Les impasses des négociations directes et régionales
La première option, prônée par le M23, serait des négociations directes avec le gouvernement congolais. Si cette approche permettrait un dialogue sans intermédiaire, elle comporterait un risque politique majeur : légitimer le M23 comme acteur politique à part entière. Une concession difficile à avaler pour le président Félix Tshisekedi, qui a toujours refusé de négocier avec ce qu’il qualifie de « pantin » rwandais.
L’autre scénario, porté par la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC) et la Communauté de Développement de l’Afrique Australe (SADC), présente l’avantage d’une pression diplomatique régionale. Cependant, les rivalités entre États membres et la fragmentation des intérêts pourraient considérablement ralentir le processus. Sans compter que cette approche suscite la méfiance d’une partie de la société civile congolaise, exclue des discussions.
Le Qatar : médiateur neutre ou acteur intéressé ?
La médiation qatarie, bien que présentant l’avantage d’une neutralité apparente, soulève des questions. Si Doha a réussi à faire se rencontrer les présidents congolais et rwandais – exploit que Luanda n’avait pu réaliser –, ses motivations seraient avant tout économiques. Le manque de connaissance approfondie de la région des Grands Lacs et son pouvoir diplomatique limité sur les acteurs locaux constituent des handicaps majeurs.
La CENCO-ECC : une solution congolaise pour un problème congolais ?
C’est dans ce contexte que l’initiative de la CENCO-ECC prend tout son sens. Contrairement aux autres formats, cette approche se veut inclusive, impliquant toutes les parties prenantes : communautés locales, société civile, représentants politiques et même les pays voisins. Elle permettrait de mettre en minorité le M23 tout en évitant de brader la souveraineté de l’État congolais.
Pourtant, malgré ses avantages évidents, cette initiative rencontre une méfiance certaine à Kinshasa. Certains caciques du régime reprocheraient aux prélats un manque de loyauté envers le président Tshisekedi. Une position qui interroge : peut-on se permettre de rejeter une solution avantageuse simplement parce que ses porteurs ne sont pas des fidèles inconditionnels du pouvoir ?
Le temps joue contre la RDC
Alors que le gouvernement congolais hésite, le M23 consolide son emprise sur les territoires occupés, établissant des structures parallèles qui pourraient, à terme, transformer ce groupe rebelle en entité quasi gouvernementale. Le temps presse, et chaque jour perdu renforce la position des insurgés.
Dans ce contexte, l’initiative CENCO-ECC apparaît comme la moins mauvaise des solutions. Elle permettrait d’éviter le piège géopolitique des médiations internationales biaisées, tout en offrant une approche globale du conflit. Reste à savoir si Kinshasa saura surmonter ses réticences pour embrasser cette opportunité avant qu’il ne soit trop tard.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd