La République Démocratique du Congo (RDC) fait face à une crise humanitaire sans précédent en matière de sécurité alimentaire. Selon la dernière évaluation de la Classification Intégrée des Phases (IPC) publiée le 27 mars dernier, le pays compte désormais 28 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë, un chiffre record qui marque une augmentation de 2,5 millions de personnes par rapport aux précédentes estimations. Cette situation alarmante touche particulièrement les régions de l’est du pays, déjà éprouvées par des années de conflits armés et d’instabilité.
Les causes de cette détérioration sont multiples. L’exacerbation des conflits armés dans l’est de la RDC, couplée à une flambée des prix des denrées alimentaires, a plongé 61% de la population dans l’insécurité alimentaire, dont 20% (soit 3,9 millions de personnes) en situation d’urgence. Comment une telle catastrophe humanitaire a-t-elle pu se produire dans un pays aussi riche en ressources naturelles ? La réponse se trouve en partie dans l’incapacité des acteurs humanitaires à accéder aux populations vulnérables.
Le Programme Alimentaire Mondial (PAM), principal acteur de la réponse humanitaire en RDC, exprime sa vive préoccupation face à cette situation. Bien que l’organisation ait repris ses distributions alimentaires d’urgence dans les provinces du Nord et Sud-Kivu à la mi-mars, elle se heurte à d’importantes contraintes opérationnelles. La fermeture des aéroports de Goma et Kavumu, vitaux pour le transport de l’aide humanitaire, complique considérablement les opérations. À ces difficultés d’accès s’ajoutent des pillages répétés des entrepôts du PAM et des problèmes de liquidités dus à la fermeture des banques dans certaines zones.
La situation sanitaire dans l’est de la RDC n’est pas moins préoccupante. Les déplacements massifs de population causés par les conflits armés créent des conditions propices à la propagation des maladies infectieuses, tout en rendant difficile leur détection et leur traitement. Entre janvier et la mi-mars 2025, pas moins de 12 600 cas de choléra ont été recensés à travers le pays, avec un taux de mortalité de 2%. Parallèlement, 15 200 cas de MPOX (anciennement variole du singe) ont été confirmés, avec un taux de mortalité suspecté de 1,9%.
Face à cette crise multidimensionnelle, le PAM ajuste son intervention d’urgence et prévoit d’intensifier sa réponse en coordination avec ses partenaires. L’organisation vise à atteindre 6,4 millions de personnes en RDC d’ici 2025. Mais cette ambition se heurte à des défis logistiques et sécuritaires majeurs. Dans un contexte où les besoins humanitaires explosent tandis que les fonds disponibles stagnent, la communauté internationale parviendra-t-elle à éviter le pire ? La réponse à cette question déterminera le sort de millions de Congolais déjà aux prises avec l’une des pires crises alimentaires de leur histoire.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd