L’Agence des Zones économiques spéciales (AZES) célèbre cette année une décennie d’existence, marquée par des avancées significatives mais aussi des défis persistants dans le paysage économique de la République Démocratique du Congo. Lors du lancement officiel des activités commémoratives ce jeudi 3 avril, le directeur général Auguy Bolanda Menga a dressé un bilan contrasté de cette institution clé pour l’industrialisation du pays.
« Le bilan est positif », affirme le DG de l’AZES, soulignant le rôle central joué par l’agence dans l’attraction d’investissements stratégiques et la création d’emplois. La Zone économique spéciale de Maluku, fleuron du dispositif, produit déjà des carreaux exportés vers Brazzaville, avec des perspectives d’expansion vers la Centrafrique et le Cameroun. Une réussite concrète qui démontre le potentiel de ces zones dédiées.
Pourtant, derrière ces succès apparents se cache une réalité plus complexe. La ZES de Musienene, située dans le territoire de Lubero au Nord-Kivu, voit ses activités paralysées par l’insécurité persistante dans la région, alimentée par la rébellion du M23 soutenue par le Rwanda. Un rappel cruel que la stabilité politique reste un prérequis indispensable au développement économique.
Les trois défis majeurs de l’AZES
Le directeur général n’a pas éludé les obstacles structurels qui entravent l’expansion des zones économiques spéciales. Premier défi de taille : le problème foncier. La ZES de Maluku, victime de son succès, arrive à saturation, nécessitant l’identification urgente de nouveaux espaces pour répondre à la demande croissante des investisseurs.
Deuxième écueil : le financement. « Nous plaidons pour la création d’un fonds spécial dédié », explique Auguy Bolanda Menga. Sans ressources adéquates, comment l’agence peut-elle remplir pleinement sa mission de catalyseur industriel ? La question reste ouverte alors que les besoins en infrastructures et en accompagnement des entreprises ne cessent de croître.
Enfin, troisième défi non moins crucial : l’accompagnement des administrations publiques. La mise en œuvre effective des exonérations promises aux investisseurs bute souvent sur des lenteurs bureaucratiques, érodant la compétitivité de ces zones censées justement offrir un environnement des affaires simplifié.
Perspectives et ambitions
Malgré ces obstacles, l’optimisme reste de mise. La ZES de Kin Malebo, actuellement en développement, pourrait constituer un nouveau pôle de croissance pour la région de Kinshasa. Quant à Maluku, son extension apparaît comme une nécessité impérieuse pour maintenir son rôle de locomotive industrielle.
« Nous sommes confiants dans la capacité des autorités à relever ces défis », assure le directeur général. Un discours volontariste qui ne doit pas masquer l’urgence des réformes nécessaires. Car au-delà des annonces, c’est la concrétisation sur le terrain qui déterminera si les zones économiques spéciales deviendront véritablement les moteurs de la transformation industrielle tant attendue en RDC.
Alors que le pays cherche à diversifier son économie trop dépendante du secteur minier, le modèle des ZES représente une alternative prometteuse. Mais à quel prix ? Et avec quels moyens ? Les réponses à ces questions détermineront largement l’avenir industriel du Congo dans les prochaines années.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net