Les consultations politiques en République Démocratique du Congo prennent un tournant inattendu alors que les confessions religieuses, notamment l’Église du Christ au Congo (ECC), viennent d’être reçues dans le cadre des pourparlers sur la situation sécuritaire dans l’Est du pays. Une présence qui contraste avec l’absence notable de l’opposition et de la société civile, pourtant annoncées comme participantes à ces échanges cruciaux.
Le Révérend Moïse Gbema, directeur de cabinet d’André Bokundoa, président de l’ECC, n’a pas mâché ses mots en comparant l’insécurité dans l’Est à un incendie qui nécessite une extinction immédiate. « Lorsque la maison brûle, on ne tient pas compte de qui amène de l’eau », a-t-il déclaré, soulignant ainsi l’urgence d’une solution inclusive, quelle qu’en soit la provenance. Une métaphore puissante qui résume bien le désarroi face à une crise qui perdure, alimentée par le groupe rebelle M23 soutenu par le Rwanda, selon les accusations répétées de Kinshasa.
Ces consultations, orchestrées par le pouvoir en place, révèlent une stratégie politique aussi audacieuse que risquée. En privilégiant dans un premier temps les acteurs religieux, le président Félix Tshisekedi semble vouloir s’appuyer sur leur influence morale et leur capacité à mobiliser les consciences. L’ECC et la CENCO (Conférence Episcopale Nationale du Congo) ont d’ailleurs annoncé qu’elles remettront prochainement au chef de l’État les conclusions de leurs propres consultations menées auprès des opposants, des rebelles à Goma, et même de certains chefs d’État africains et européens.
Mais où sont donc passés les opposants politiques et les représentants de la société civile, pourtant censés être des pièces maîtresses dans ce puzzle de la paix ? Leur absence interroge, d’autant que certaines organisations affirment ne pas avoir reçu d’invitation, contrairement aux annonces officielles. Un cafouillage qui n’est pas sans rappeler les vieux démons de la communication politique en RDC, où les déclarations publiques peinent parfois à se concrétiser dans les faits.
Cette situation pose inévitablement la question de l’efficacité réelle de ces consultations. Le pouvoir en place joue-t-il véritablement la carte de l’inclusivité, ou s’agit-il d’une opération de communication soigneusement calibrée ? La présence des religieux, souvent perçus comme des médiateurs neutres, pourrait en effet servir à légitimer un processus dont les contours restent flous. Mais sans la participation active de l’opposition et de la société civile, ces échanges risquent de tourner au monologue plutôt qu’au dialogue.
Alors que la RDC continue de faire face à des défis sécuritaires majeurs dans sa partie orientale, ces consultations pourraient être l’occasion de jeter les bases d’une solution durable. Mais pour cela, il faudra sans doute plus qu’une série de réunions protocolaires. La balle est désormais dans le camp du président Tshisekedi, qui devra prouver que ces consultations ne sont pas qu’un simple exercice de style, mais bien le prélude à des actions concrètes pour la paix et la stabilité du pays.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd