La crise de la transfusion sanguine en République démocratique du Congo (RDC) atteint de nouveaux sommets, particulièrement dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Alors que la guerre infligée par les forces de l’AFC/M23 continue de faire des ravages, les besoins en transfusion sanguine explosent, laissant les hôpitaux locaux dans une quête incessante pour répondre à l’urgence. Selon les chiffres alarmants du Comité national de transfusion sanguine (CNTS), environ 1 million de poches de sang seront nécessaires pour couvrir les besoins de l’année 2025.
Ce besoin croissant représente un défi colossal, comme l’a souligné Dr Merveille Rubakare du Comité provincial de transfusion sanguine (CPTS) Nord-Kivu. “Le besoin a fortement augmenté au Nord et Sud-Kivu en raison de ce que nous traversons. Nous sommes en train de servir le sang deux à trois fois plus qu’on le faisait auparavant”, a-t-elle déclaré. Si 1 200 poches de sang ont été acheminées vers ces provinces, elles demeurent insuffisantes face à l’afflux de blessés et à une demande qui ne cesse de grimper.
Un autre facteur aggravant est la fermeture de l’aéroport de Goma, qui a obligé les autorités sanitaires à faire transiter les poches de sang par un itinéraire complexe : Kinshasa, Bruxelles, Nairobi, Rwanda, avant d’arriver à Goma. Cette logistique chaotique retarde considérablement la livraison d’un élément vital pour les populations locales en danger.
En 2023, les besoins nationaux en transfusion sanguine s’élevaient à 750 000 poches de sang. Pourtant, la RDC n’avait pu mobiliser que 481 559 poches en 2022, dont seulement 404 510 répondant aux normes strictes pour être utilisées. Ces données témoignent d’un déficit chronique. Même sur le long terme, les statistiques du CNTS révèlent que seuls 36 % des dons de sang proviennent de donneurs bénévoles, ce qui souligne une dépendance excessive envers les donneurs familiaux ou rémunérés, un modèle non durable pour répondre aux défis du pays.
Face à cette situation critique, le gouvernement congolais avait lancé, dès le 30 janvier dernier, une campagne de don bénévole de sang, visant principalement à soutenir les militaires et les autres victimes des conflits dans les provinces touchées. Cependant, de nombreux obstacles subsistent, allant de l’inefficacité logistique à une sensibilisation encore insuffisante pour promouvoir le don volontaire de sang.
Cette crise interpelle : avec des besoins qui ne cessent de croître et une situation humanitaire qui s’aggrave dans les régions en conflit, comment la RDC pourra-t-elle surmonter ce déficit ? L’enjeu est de taille et nécessite une réponse immédiate et coordonnée. À court terme, il s’agira de fiabiliser les chaînes d’approvisionnement et d’encourager de nouveaux donneurs volontaires, mais des réformes structurelles plus profondes seront indispensables pour garantir l’autonomie du pays en matière de transfusion sanguine.
L’urgence est palpable. Alors que les vies de milliers de personnes dépendent de l’accès rapide à du sang sécurisé, la RDC doit relever un défi sans précédent. La communauté internationale, de même que les acteurs nationaux, sont appelés à agir pour éviter une catastrophe humanitaire dans ces provinces meurtries par la guerre.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd