Alors que les espoirs de relance agricole se dessinaient timidement dans le territoire de Lubero, au Nord-Kivu, une nouvelle tragédie vient de frapper durement cette région déjà meurtrie par des années d’instabilité. Plus de 40 tonnes de semence de blé, symboles d’une tentative de renaissance agricole, ont été détruites en l’espace d’un mois à cause de la guerre menée par le M23, un groupe armé pro-rwandais. Ce sinistre, qui porte un coup sévère à une filière en phase expérimentale, met en lumière une crise aux implications considérables pour la sécurité alimentaire locale.
La population du territoire de Lubero, où plus de 85 % des habitants dépendent de l’agriculture, est plongée dans le désarroi. « Nous sommes en période de récolte, tout en débutant la saison culturale. Dans l’état actuel des choses, le climat sécuritaire ne nous permet plus de cultiver nos champs. Nous venons de perdre une saison et nous risquons de perdre les semences restantes », s’alarme un agriculteur, exprimant une inquiétude partagée par bon nombre de paysans de la région. Avec des champs transformés en terrains de bataille et des récoltes détruites sur une dizaine d’hectares, l’éventualité d’une disette totale et d’une malnutrition aiguë se profile dangereusement à l’horizon.
Pour un responsable local de la coopérative de production et de transformation des produits agricoles de Lubero, la situation appelle à une prise de conscience urgente. « Alors que nous luttons contre l’ennemi, il faut également mener une guerre parallèle contre la famine. Cela passe par la sécurisation des zones cultivables et par la protection des agriculteurs », déclare-t-il, adressant un appel pressant au Gouvernement congolais et à ses partenaires internationaux.
Ce désastre aggrave encore davantage les défis qui accablent le Nord-Kivu, déjà en proie à des crises humanitaires multiples. La destruction des ressources agricoles menace non seulement les moyens de subsistance immédiats des habitants, mais aussi les perspectives de relance économique dans cette région au potentiel agricole pourtant immense. Face à ce tableau sombre, se pose une question essentielle : est-il possible d’envisager une issue durable, alliant sécurité et développement agricole au Nord-Kivu ?
Si cette guerre contre la faim doit être menée en parallèle aux efforts pour stabiliser la région, elle nécessite des ressources considérables et une volonté politique inébranlable. Les acteurs nationaux et internationaux devront, plus que jamais, unir leurs forces pour assurer la survie et la résilience d’une population résolue à ne pas céder face à l’adversité.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net