La culture kinoise perd une de ses figures emblématiques avec la fermeture du centre culturel Aw’art, un lieu phare de créativité et de dialogue culturel, situé à Bandalungwa, Kinshasa. Pendant six années d’activités, ce centre a été une véritable bouffée d’oxygène pour les artistes de divers horizons : musique, peinture, slam, littérature et bien plus encore. Aujourd’hui, ses portes se ferment, mettant fin à une aventure marquée par des défis surmontés, mais également par des embûches insurmontables.
L’inflation galopante en République Démocratique du Congo et des coûts exorbitants auront eu raison de cet espace. Le loyer, ayant grimpé jusqu’à 1 500 USD par mois, et les dépenses opérationnelles atteignant les 3 000 USD mensuels ont lourdement pesé sur les épaules des cofondateurs. « Nous sommes à bout », confie Fred Kabeya, cofondateur d’Aw’art, qui décrit un combat acharné mené sans aide majeure. L’absence de subventions de l’État a laissé cette initiative noyée sous les charges, malgré un modèle économique mis en place au départ pour soutenir le centre.
Ce lieu était bien plus qu’un espace culturel : c’était un incubateur de talents, une maison pour artistes en quête de proximité avec leur public. Le peintre Jamil Lusala déplore : « C’est très choquant parce que nous artistes n’avons pas toujours de lieux comme Aw’art. Nous étions plus proches du public ici que dans d’autres espaces comme l’Institut Français. » Cette interaction unique entre artistes et leur communauté faisait d’Aw’art un refuge pour l’éclosion du talent congolais. Céline Banza, lauréate du Prix RFI Découvertes 2019, figure parmi les nombreux artistes ayant bénéficié de cet accompagnement fondamental.
L’écrivain Christian Gombo, habitué du lieu, évoque avec émotion les moments chaleureux et collaboratifs partagés au centre. « Aw’art, c’était la maison, un pan entier de notre culture », dit-il, lançant un appel à une mobilisation collective pour éviter la répétition de telles disparitions. Les fondateurs appellent également à un engagement de l’État pour exonérer les espaces culturels des taxes exorbitantes et leur apporter un soutien durable.
Alors que les lumières d’Aw’art s’éteignent, l’espoir de sa renaissance demeure. Si des mécènes ou des soutiens institutionnels répondent à l’appel, le centre pourrait connaître une nouvelle vie, animée par la même vision mais avec des innovations renforcées. « Ce n’est pas un adieu ; c’est un au revoir », porte en avant Fred Kabeya, visiblement tourné vers un avenir incertain mais résolument dévoué à la culture congolaise.
Cette fermeture sonne comme un appel à la prise de conscience collective pour préserver les sanctuaires culturels en République Démocratique du Congo, qui restent des piliers essentiels pour la diversité et l’expression artistique dans le pays.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd